Saga double signature – épisode 2 : La mystérieuse « signature » de l’argentin Ricciardi

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La solitude du coureur de fond. Des dizaines d’articles qui attendent d’être publiés et pourtant l’impression de ne plus avoir grand chose à dire sur le sujet. Des petites histoires, ce n’est pourtant pas ce qui manque. Ce qui manque c’est peut être l’envie et l’enthousiasme des premiers jours…

De l’enthousiasme, il en a à revendre. Collectionneur averti, reconnu par ses pairs, JC et moi échangeons presque tous les jours … et pas uniquement sur les montres.

Quand il m’a fait part de sa découverte, je lui ai immédiatement proposé de venir nous la raconter. Au bout de presque 150 articles, il est temps qu’un vent nouveau souffle sur Moonphase. Cette semaine en ‘Guest editor’ c’est donc l’ami JC qui nous fera découvrir la mystérieuse histoire des Rolex Ricciardi. Faites-lui un bon accueil. Mais attention, pas de complaisance ici : n’hésitez pas à lui donner votre avis. Il saura apprécier votre franchise.

 

Saga double signature – épisode 2 :

La mystérieuse ‘signature’ de l’argentin Ricciardi

Dans la série des ‘Double signature’, Simon retraçait dans le premier épisode, la passionnante histoire du bien connu marchand vénézuélien ‘Serpico y Laino‘. Ce deuxième opus est aujourd’hui dédié à un marchand bien plus discret, dans le domaine horloger tout au moins.

Ce fut d’ailleurs pour moi une complète découverte, celle-là même qui rend notre passion à la fois si singulière et envoûtante.

Rappel des faits : fin juillet à Paris, le bien connu blog horloger les Rhabilleurs organise un apéro horloger en petit comité – Omega Chronostop, Rolex GMT 1675, Titus Calypsomatic et quelques Rolex Submariner 5513 se trouvent aux poignets des convives.

Parmi ces dernières, une en particulier retient mon attention. Montre en main la première impression se confirme jolie boîte, patine vanillée, insert d’un beau gris, néanmoins rien d’unique jusqu’ici. La surprise apparaît lorsque je retourne la montre afin d’observer le dos des cornes et le fond de boite. Sur la corne à 10h se distingue 6 petits chiffres gravés…

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Rolex 5513 « Ricciardi » Photos Sébastien (@sebasgob)

Les questions s’entrechoquent dans mon esprit : lubie du précédent propriétaire, boitier aftermarket, gravure sauvage d’un horloger. Aucune réponse n’est venue cette soirée là, il était temps de faire ses devoirs.

Luis Ricciardi (à droite), Uber Ricciardi (à gauche), Jose Luis Ricciardi

Luis (à droite), Uber (à gauche) et Jose Luis Ricciardi (devant)

Nous restons en Amérique mais prenons la route du sud pour atterrir cette fois en Argentine, plus précisément dans la capitale Buenos Aires dans les années 1920. Luis Ricciardi a 13 ans et commence sa carrière à la ‘banque des bijoutiers’. Le jeune employé est doué et apprend vite, c’est ainsi que quelques années plus tard il décide de prendre son indépendance et d’ouvrir son propre établissement.

La "Joyeria Ricciardi" à Buenos Aires

La « Joyeria Ricciardi » rue Cerrito, une des boutiques des Ricciardi à Buenos Aires

Les affaires vont bons trains et la réputation s’affirme, en quelques années la modeste bijouterie change de statut et les personnalités argentines et internationales sont de plus en plus nombreuses à passer le pas de la porte du 360 de la rue Cerrito : Indira Gandhi, Henry Ford, Charles de Gaulle, Frank Sinatra et Juan Carlos – le roi d’Espagne – pour ne citer qu’eux.

Luis Ricciardi et Victorio Gassman

Luis Ricciardi et Victorio Gassman

Mais quel est le lien entre la bijouterie Ricciardi et la manufacture Rolex ?

La particularité qui relie ces 2 marques dans l’histoire horlogère tient en fait en 6 chiffres, 6 chiffres gravés au dos de la corne à 2h ou à 10h comme une référence unique du distributeur venant compléter le numéro de série du fabriquant.

Malgré mes recherches de nombreuses questions restent ouvertes : pourquoi cette gravure ? Pourquoi graver cette référence en plus du numéro de série fourni par Rolex ? Pourquoi derrière une corne et pas sur le fond de boite (interne ou externe) ? Était-ce pour des raisons d’authentification ? De service après-vente ?

Le mystère de la « signature » Ricciardi reste entier (ndlr : n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des pistes).

À la différence du marchand vénézuélien Serpico y Laino, la bijouterie Ricciardi est toujours en activité. Nous avons essayé de la contacter afin de compléter nos informations, malheureusement nos messages sont restés sans réponse jusqu’ici.

Le Plaza Hotel de Buenos Aires dans lequel se trouvait l'une des boutiques des Ricciardi

Le Plaza Hotel de Buenos Aires dans lequel se trouvait l’une des boutiques de luxe des Ricciardi

Ce retour dans l’histoire nous rappelle par la même occasion à quel point l’Amérique du Sud a été un continent florissant dans le premier tiers du XXème siècle. Nous l’oublions parfois mais cette partie du monde a connu un essor fulgurant notamment grâce à ses ressources agro-minières (blé, viandes, nitrate, cuivre et pétrole). En 1913, l’Argentine, pour ne citer qu’elle, était l’un des pays les plus riches du monde, son PIB par habitant la positionnait au 12ème rang juste devant… la France.

Uber Ricciardi et le gardien de but argentin Ubaldo Fillol

Uber Ricciardi et le gardien de but argentin Ubaldo Fillol

Le métro de Buenos Aires dans les années 40. Photo wikiwand.com

Le métro de Buenos Aires dans les années 40. Photo wikiwand.com

Ce rappel historico-économique permet également de mieux comprendre pourquoi les grandes maisons horlogères comme Patek Philippe ou Rolex ont accepté les personnalisations de leur distributeur – souvent d’ailleurs plus connus localement que les maisons horlogères elles-mêmes.

Chez Rolex c’est alors le jeune André Heiniger, âgé de 28 ans lorsqu’il débute dans la manufacture en 1948, qui se consacre au développement international de la marque. 6 ans plus tard, fort de ses nombreux succès Hans Wisdorf le nomme Directeur Commercial et en 1963, 3 ans après la disparition du fondateur, il prend la tête de l’entreprise.

La bijouterie Ricciardi est encore peu connue des collectionneurs. Ce qui fut une découverte pour moi n’a fait que confirmer que dans le merveilleux et complexe univers Rolex vintage, on ne peut pas tout savoir – Il faut être humble face à l’histoire surtout quand on connait la discrétion de Rolex sur ses archives et donc la difficulté à collecter une information fiable et objective.

Rolex Daytona réf. 6241 "Paul Newman" de 1969. Numéro de boite : 1’767’520. Vendue par Christies en 2013.

Rolex Daytona réf. 6241 « Paul Newman » de 1969. Numéro de boite : 1’767’520. Vendue par Christies en 2013. Photo : Christie’s.

Ici un autre exemplaire d’une Rolex vendue par Ricciardi en décembre 1969, cette fois il s’agit d’une Daytona cadran exotique, et au moment de la rédaction de cet article, une boite Rolex pour Ricciardi en cuir et en métal était en vente ici.

Une Rolex 1680 " Ricciardi" de 1969 avec boite et papiers. Photo : RVF

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Une Rolex 1680  » Ricciardi » de 1969 avec boite et papiers. Photo : RVF

Parenthèse sur ce qui, de mon point de vue, concentre le plus de débats, de publications et de fantasmes dans l’actualité horlogère de cette année 2017 – bon nombres d’entre vous aurons compris que je parle ici de la mise en vente le 26 octobre prochain par la Maison Phillips, de la Rolex Daytona référence 6239 cadran tropical dît « Paul Newman » de Paul Newman.

Cette Rolex achetée par l’actrice Joanne Woodward, la femme de Paul Newman, chez Tiffany & Co possède une gravure sur le fond de boîte avec la mention « Drive Carefully me ».

La Daytona "Paul Newman" de Paul Newman, photo : Bexsonn

La Daytona « Paul Newman » de Paul Newman, photo : Bexsonn

La Daytona "Paul Newman" de Paul Newman, photo : Bexsonn

La Daytona « Paul Newman » de Paul Newman, photo : Bexsonn

Cependant ce n’est pas ce détail qui a fait le pont dans mon esprit entre cette montre et Ricciardi. En y regardant de plus près, on distingue une grave supplémentaire sur le dos du boitier, sur le dos de la corne à 7h pour être plus précis – 6 chiffres sont gravés, à la main si on s’en tient à la « typographie ».

Gravure qui n’est pas sans rappeler celle de la bijouterie argentine…

 

Remerciement tout spécial à Sébastien pour les clichés de sa jolie 5513 et à JC pour nous avoir rapporté cette intrigante histoire.

Pour aller plus loin : tous les articles de la saga « Double Signatures » (à suivre …)

4 Comments

  • Répondre octobre 22, 2017

    CL

    Pour lutter (déjà) contre le parallèle? (Grey Market)

    • Répondre octobre 22, 2017

      JC

      Bonsoir et merci pour votre commentaire. Pourrais-je vous demander de développer svp ?
      Le numéro gravé sous la corne pourrait permettre une meilleure traçabilité ?
      JC

  • Répondre octobre 23, 2017

    François Pallud

    Super article ,bravo,cela ressemble a la technique employée sur les pièces d’aviation,ces numérotations permettent une tracabilité supplémentaire, SAV ou ?

    • Répondre octobre 23, 2017

      JC

      Bonsoir François et merci pour votre commentaire. Ce numéro est constaté sur l’ensemble des montres vendues par Ricciardi, il semble donc peu probable qu’il s’agisse d’un numéro lié au SAV.
      En revanche, il pourrait s’agir d’une référence complémentaire au S/N de Rolex – comme le faisait Tiffany. Je n’ai malheureusement pas pu obtenir d’informations fiables pour confirmer cette hypothèse.

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