Charles Vermot, réactionnaire ou visionnaire ?

Une montre et un bon repas. voici la récompense que Charles Vermot avait reçue de sa direction pour avoir sauvé la manufacture Zenith. Tout le monde se rappelle l’histoire de ce héros ordinaire.

Nous sommes en 1975, en pleine crise du quartz.  Charles Vermot avait, seul contre tous, caché les 150 étampes qui servaient à la fabrication de l’El Primero. Une tonne d’acier, portée, pièce par pièce, sous les combles de la manufacture dont il avait pris soin d’emmurer l’entrée. Consciencieux, Il avait préalablement consigné chaque came, chaque outil de coupe et chaque étampe dans un classeur, dans l’espoir qu’un jour, tous ces objets obsolètes puissent servir à nouveau.

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Sans être contre le progrès, je constate que le monde est ainsi fait. En ce sens qu’il a toujours des retours en arrière. Vous avez tord de croire en l’arrêt total du chrono mécanique automatique. Aussi je suis persuadé qu’un jour, votre entreprise pourra bénéficier des lubies et modes que le monde a toujours connus.

C’est ainsi que Charles Vermot finissait sa lettre adressée à la Direction de Zenith. Comment devons nous interpréter ces quelques mots. Charles Vermot était-il juste un nostalgique ? un amoureux du bel ouvrage horloger ? Un réfractaire au changement ? Ou un visionnaire qui avait déjà anticipé le retour de la montre mécanique, bien avant Nicolas Hayek.

Porte donnant accès au galetas, murée par Charles Vermot. Photo : @ehpipo

Porte donnant accès aux galetas, murée par Charles Vermot. Photo : @ehpipo

L’industrie se trompe souvent lorsqu’elle cherche son salut en se tournant vers son passé. Chaque nouvelle réédition néo-vintage n’est qu’un aveux supplémentaire de son manque d’inspiration. Les amateurs de vintage (que nous sommes) n’y trouverons de toute manière pas notre compte. Car le collectionneur « vintage » est conservateur. Il aime conserver. Surtout les montres oubliées au fond d’un tiroir. La pièce « untouched », avec boite et papiers est son Graal absolu. Une hymne à l’immobilisme, le voyage intérieur sans se déplacer…

Dans son acte héroïque, Charles Vermot a pourtant sauvé bien plus qu’un mouvement devenu légendaire. Il a sauvé l’El Primero. Littéralement : « le premier » chronographe à remontage automatique crée par Zenith en 1969, une époque où les manufactures menaient une course effrénée pour être, justement, le premier.

L’acte de Vermot n’était pourtant pas qu’un simple geste de conservation mais aussi celui de la transmission. Car dans l’El Primero se trouve toute l’âme et tout l’ADN de Zenith. Nous ne parlons pas de culte d’une relique du passé. Le véritable héritage de Charles Vermot, c’est l’esprit pionnier et l’instinct de compétition qui ont nourri les ingénieurs de Zenith dans les années 60.

Charles Vermot a sauvé par deux fois Zenith. Une première fois avec l’El Primero. La deuxième, en lançant un pont entre le passé et l’avenir et en nous transmettant ce que la marque possède de plus cher, son ADN. Une flamme qu’il faudra maintenant entretenir et perpétuer …

En ce sens, Charly était bien un visionnaire.

 

Fraises servant à la fabrication du Zenith El Primero. Zenith Museum Le Locle. Photo @ehpipo

Fraises servant à la fabrication du Zenith El Primero. Manufacture Zenith, Le Locle. Photo @ehpipo

 

Etampes servant à la construction du Zenith El Primero. Zenith Museum Le Locle. Photo @ehpipo

Etampes servant à la construction du Zenith El Primero. Manufacture Zenith, Le Locle. Photo @ehpipo

 

Pour aller plus loin :

 

1 Comment

  • Répondre juin 19, 2018

    François Pallud

    Encore bravo pour cet article merci de nous faire partager ,une belle histoire

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