Réédition 2020 de la Speedmaster 105.003 dite « Ed White », entre tradition et évolution

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Cette montre est à mon poignet depuis maintenant plus d’un mois. Je l’ai portée, regardée et scrutée sous tous les angles, je l’ai montrée autour de moi, reçu beaucoup d’avis et pris le temps de mûrir le mien. Exercice périlleux tant son ancêtre est haut placé dans le panthéon des montres les plus importantes de l’Histoire.

Il s’agit, bien entendu, de la réédition du calibre historique 321 d’Omega, dans probablement l’itération la plus emblématique de la Speedmaster, la fameuse 105.003, aussi connue sous le patronyme de l’astronaute Ed White.

Au-delà de la tragique destinée de son illustre propriétaire, La 105.003 est une référence clé dans l’histoire de la Speedmaster. Modèle de transition entre 2 périodes charnières de son évolution, elle possède ainsi le meilleur des 2 mondes, la finesse des boites à anses droites et la parfaite lisibilité de l’aiguillage des « Speed pro », 105.012 et suivantes.

C’est donc par elle qu’Omega a choisi de réincarner son fameux calibre 321, probablement le mouvement le plus important de sa longue histoire.

Edward « Ed » Higgins White II, embarquant pour la mission Gemini 4 en 1965. Il deviendra premier Américain à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire. A son poignet, 2 Speedmaster 105.003

Edward « Ed » Higgins White II, embarquant pour la mission Gemini 4 en 1965. Il deviendra le premier Américain à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire. A son poignet, 2 Speedmaster 105.003

Réédition et réédition

Juste quelques mots sur le concept de réédition, souvent considéré comme un subterfuge marketing usé jusqu’à la corde par des manufactures en manque d’inspiration.  Nous n’allons pas refaire le débat ici tant le sujet a été maintes fois discuté ailleurs. Toujours est-il que dans le cas présent, l’exercice est quelque peu différent :

Souvent, dans une réédition, la montre n’a plus ses dimensions d’origines, elle a muté et souvent grossi. Souvent aussi, les cahiers des charges sont dégradés et des compromis sont faits. Souvent pour des raisons d’économie, les calibres sont remplacés par des mouvements génériques voire quartz ou méca-quartz. Souvent l’exercice se transforme en mascarade.

Tel n’est pas du tout le cas de notre Speedmaster 321. Au contraire, le challenge que se sont lancé les ingénieurs de Bienne est bien celui de refaire la fameuse 105.003 à l’identique. On ne regardera pas la facture et on ne se contentera pas juste de l’apparence (cf la trilogie 1957). L’objectif est bien de refaire la montre de A à Z (y compris le calibre) le plus proche et le plus fidèle possible de la montre sortie des ateliers d’Omega en 1963.

"Step dial" et lunette céramique d'une réédtion "Ed White" de 2020

« Step dial » et lunette céramique émaillée de la réédition Speedmaster 321 de 2020

Premières impressions

A la toute première prise en main, à quelques détails près, la ressemblance avec son homologue vintage est assez troublante. Mais on ne peut parler de néo-vintage, ici pas de trompes l’oeil ni de fausses patines exagérées, on a plus l’impression d’avoir à faire à une « Neuve de Stock » oubliée au fond d’un tiroir depuis 5 décennies.

En regardant de plus près, on se rend vite compte que la qualité de fabrication est bien aux standards des montres modernes d’une grande manufacture. La montre est équilibrée et parfaitement proportionnée avec une sensation de robustesse et de fiabilité très rassurante. Sentiment que nous, amateurs de vintage qui vivons souvent dangereusement, ne connaissons pas.

Carrure et couronne 24 dents avec "narrow flat feet logo" d'une réédition "Ed White" entre 2 105.003-65 de 1967

Carrure et couronne à 24 dents avec « narrow flat feets logo » de la réédition de 2020, intercalée entre deux réf. 105.003-65 de 1967. Notez l’épaisseur très proche des maillons du bracelet blindé (au centre).

Entrons dans le détail :

Tradition …

Tout d’abord, Omega connaît parfaitement l’ADN de cette référence et nous le prouve. Comme une liste de cases à cocher sur un cahier des charges, voici l’ensemble des similarités que la marque a scrupuleusement respecté. On a l’impression de lire le « Moon Watch Only », bible de référence absolue en la matière.

Côte à côte, la carrure à anses droites d'une 105.003-65 de 1967 et la réédition de 2020. Notez les anses plus hautes et plus fines de la version moderne

Côte à côte, la carrure à anses droites d’une 105.003-65 de 1967 et la réédition de 2020. Notez les anses plus hautes et plus fines de la version moderne (à gauche).

Certains points sont des classiques incontournables des Speedmaster « pré-moon », je me contenterai donc de les citer sans expliquer, les néophytes iront faire leur devoir grace à la bible citée plus haut. Chaque points de détail portent souvent le nom d’un anglicisme par lesquels les amateurs de vintage aiment à les appeler :

Citons donc le fameux logo appliqué, la « drop second », la couronne avec le logo « narrow flat feet », l’incontournable cadran « step dial » (on y reviendra) et la non moins incontournable lunette « DON » (on y reviendra aussi). Les spécialistes les plus affutés y reconnaîtrons les poussoirs « medium » de transition ainsi que les aiguilles laquées à la pointe courbée (« curved ») dont peu d’entre-nous en connaissaient l’existence.

Aiguille "drop seconde" courbe sur une 105.003 vintage

Aiguille « drop second » courbe sur une Speedmaster réf. 105.003-65 de 1967

Logo appliqué et "drop seconde" courbe sur la réédition "Ed White"

Logo appliqué et « drop second » courbe sur la réédition de 2020

Au niveau de la carrure, il y a bien sûr cette boite symétrique de 39,7mm aux anses droites et sans protège couronne. Il y a aussi ce bracelet à maillons plats ou « flat links », élément à part entière de l’ADN pré-moon. Et enfin bien sûr, LE calibre 321.

On connait l’importance des index peints pour un amateur de vintage. Mon coup de coeur va donc directement à ce cadran « trottoir » dont les index peints recouvrent délicatement la bordure d’une super-luminova couleur vanille claire. Une teinte légère que l’on peut imaginer être celle du tritium fraîchement sortie d’usine de l’époque. L’exécution est d’autant plus réussie lorsqu’on apprend que des cannelures ont été creusées dans le cadran à l’emplacement des index pour pouvoir y déposer une quantité suffisante de matière lumineuse. Côté esthétique, l’absence de fausse patine exagérée donne réellement l’impression d’être en présence d’une neuve de stock. L’ensemble est cohérent, sans trop en faire.

… et évolution

Au niveau des pièces de structures, 2 éléments sont en revanche différents de l’original.

Il y a d’abord ce saphir qui remplace l’hésalite de l’époque, probablement devenu trop fragile pour répondre aux standards des montres modernes. Un clin d’oeil malgré tout, nous retrouvons bien le logo historique gravé au centre du verre. Le diable est dans les détails.

Drop seconde, logo appliqué et logo sur le plexi d'une Ed White 105.003-65 de 1967

Drop seconde, logo appliqué et logo sur le plexi d’une Speedmaster vintage réf. 105.003-65 de 1967

"Drop seconde", logo appliqué et logo gravé intra-saphir sur la réédtion Speedmaster "Ed white"

« Drop seconde », logo appliqué et logo gravé intra-saphir sur la réédition de 2020

L’autre point différenciant est beaucoup plus visible. En proposant une montre contemporaine, Omega se devait probablement rester au goût du jour en utilisant des matériaux modernes, sans pour autant faire un grand écart par rapport à la version originale. Cette lunette, comme le verre saphir, font tous deux partis des compromis décidés par la manufacture.

La lunette en acier peint, historique et ô combien emblématique de la Speed, a donc été remplacée une lunette en céramique immédiatement reconnaissable par son aspect brillant. Le fameux point sur le 90 est bien sûr conservé. La typo des chiffres est cependant plus petite. Le contraste est obtenu grâce un émaillage blanc appliqué dans une gravure laser de 0,3mm réalisée sur le dos de l’insert. La pièce, en elle même, est une prouesse technique mais une pièce maitresse de l’ADN Speedmaster a été modifiée.

Lunette DON acier et "step dial" d'une 105.003-65 de 1967

Lunette DON acier, index au tritium et « step dial » d’une Speedmaster vintage réf. 105.003-65 de 1967

Lunette DON céramique et "step dial" d'une réédition "Ed White" de 2020

Lunette DON céramique, index au Super Luminova et « step dial » de la réédition de 2020

Parmi les très bonnes surprises des éléments qui ont été réadaptés pour le quotidien de l’homme moderne, il y a bien sûr ce bracelet à maillons plats.

Le « flat links » est une religion pour les fans de Speed. Tout comme le Jubilé l’est pour les Datejust. L’un ne va pas sans l’autre. On s’habitue à son confort mais on se méfie de sa fiabilité.

Le nouveau bracelet plat est constitué de maillons pleins. Il  conserve à peu près la même épaisseur que le maillon plié de l’époque tout en étant plus solide. Un espace a été volontairement laissé entre chaque maillon pour conserver ce « stretch » qui fait toute la souplesse et le confort du « flat links » original.

105.003_65 de 1967, avec fond de boite double pan, gravure "Seamonster", bracelet à maillons plats réf. 1035

Speedmaster réf. 105.003-65 de 1967, avec fond de boite double pan, gravure « Seamonster » et bracelet à maillons plats réf. 1035

Bracelet "flat links" et pièces de bout blindés de la réédition "Ed White de 2020

Bracelet « flat links » et pièces de bout blindés de la réédition de 2020

La fermeture de la boucle a été ré-adaptée pour plus de fiabilité. Autre clin d’oeil,  le logo affleurant est typique des 7912 des premières séries.

Les pièces de bout sont devenus plein et permettent une intégration parfaite aux anses droites qui ont, du coup, pris une petite épaisseur mais sont en même temps plus affinées.

Reconstruction

Le plat de consistance de cette nouvelle Speedmaster est bien entendu son calibre 321. Crée en 1941 par Albert Piguet et estampillé CH 27 par Lemania. Ce calibre chronographe avec roue à colonne équipait principalement les montres d’Omega et de Tissot, qui avaient racheté le fabricant de calibre pour former le groupe SSIH au tout début des années 30.

Ce triumvirat permit notamment à Omega de décrocher le chronométrage des Jeux olympiques d’été de 1932 à Los Angeles. Et même si le CH 27 équipait aussi les chronographes de manufactures comme Patek, Vacheron Constantin ou encore Audemar Piguet, le rachat de Lemania par Omega fut déterminant dans le développement de son calibre 321.

Ce calibre équipera les Speedmaster de 1957 à 1968 et servira ensuite de base au développement de son successeur le calibre 861 (à came), plus simple à construire, à régler et à maintenir.

Toujours est-il que dans l’opinion collective, le calibre 321 est indissociable de l’histoire des Speedmaster « pré-moon ». Considéré par les puristes comme LE calibre noble par excellence. Remplacé par le 861, c’est aussi avec nostalgie que les collectionneurs regrettent la douceur de sa roue à colonne lors de l’enclenchement du chronographe.

Calibre 321B en acier et or rose Sedna PVD, fond de boite saphir à double pan et pièces de bout blindées

Calibre 321B en acier et or rose Sedna PVD, fond de boite saphir à double pan et pièces de bout blindées

Calibre 321B en acier et or rose Sedna PVD, fond de boite saphir à double pan et pièces de bout blindées.

C’est par la tomographie, une technologie 3D non destructive, que les ingénieurs de Bienne on reconstitué les 245 pièces du calibre 321 dont la production s’est arrêtée en 1968. La légende dit même que c’est la montre d’Eugène Cernan qui aurait été scannée et servi de matrice au nouveau 321.

Le résultat est magnifique et se devait d’être admiré. Le calibre de la nouvelle « Ed White » est désormais visible au travers d’un fond saphir à double pan qui remplace le fond plein et son hippocampe historique. La finition y est bien sûr de très haut niveau, beaucoup plus que la version des années 60 qui n’avait pas vocation d’être montrée. Pour préserver son apparence, les pièces en laiton ont été remplacées par de l’acier recouvert d’un PVD en or rose (Sedna gold) qui a l’avantage de ne pas s’oxyder dans le temps.

A l’enclenchement du chronographe, on retrouve bien la souplesse et la douceur de la roue à colonne originale. Rien à dire, c’est extrêmement bien fait. Le collectionneur puriste évoqué plus haut devrait se retrouver en terrain connu.

Uniquement pour ceux qui savent

Voilà donc un mois que cette montre ne quitte plus mon poignet. Le bracelet flat links blindé est des plus confortables. Cette sensation générale de robustesse tout en restant léger et fin est des plus agréables. Les pièces de bout pleines n’ont pas les défauts de leurs ancêtres en tôle pliée et l’intégration entre les anses droites est des plus réussi sans sacrifier à l’esthétique vintage.

D’ailleurs doit-on nécessairement parler d’esthétique vintage quand un produit traverse le temps sans prendre une ride, quand sa conception est si parfaite qu’elle ne nécessite aucune autre évolution majeure ? Seuls les grands classiques de l’histoire peuvent se targuer de cette intemporalité.

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Sans être dénaturée, cette montre est pourtant bien la version moderne d’un des chronographes les plus réussi de l’histoire. Son ergonomie (anses droites) et sa lisibilité légendaire (aiguillage « PRO ») fait de cette montre le parfait alter ego de son ancêtre 105.003 dont elle a gardé une très grande partie de l’ADN. Une montre moderne à l’esthétique « Classique », à porter au quotidien et qui vous accompagnera partout pendant que l’originale prend un repos bien mérité.

Assemblée de bout en bout par le même horloger, la nouvelle Speedmaster 321 sera produite seulement autour de 1000 exemplaires par an sans être pour autant une série limitée.

En poussant cette ré-édition aussi loin dans le détail et en la plaçant dans une zone tarifaire assez haute (autour de de 13k€), Omega s’adresse clairement à une clientèle éduquée et connaisseur à la recherche d’un produit différenciant. Un garde temps subtil, à la fois traditionnel et moderne, une montre que l’on peut porter tous les jours et qui garde en elle toute la mémoire de l’épopée spatiale et horlogère. Une montre chargée d’histoire, à porter et à aimer, uniquement pour ceux qui savent …

 

Crédits photos : @jcchev pour moonphase.fr

 

Ed White et son épouse Patricia Eileen Finegan White.

Ed White et son épouse Patricia Eileen Finegan White.

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Apollo 1, 1967 – Gus Grissom Ed White et Roger Chaffee sur le chemin de l’exercice d’entrainement quelques instant avant le tragique incendie.

Apollo 1, 1967 – Gus Grissom Ed White et Roger Chaffee sur le chemin de l’exercice d’entrainement quelques instant avant le tragique incendie.

 

Pour continuer sur moonphase.fr :

La saga des programmes spatiaux

Les histoires de Speedmaster

1 Comment

  • Répondre novembre 2, 2020

    Jerry

    Très belle présentation. Merci !

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