Rolex Bubble Back, les préceptes du dispositif Oyster de Hans Wilsdorf (partie 1/2)

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Nul n’ignore les phénomènes de mode dans le monde de l’horlogerie de collection. Dans les années 80, les Rolex des années 30-50 occupaient le devant de la scène. Délaissées depuis en faveur de modèles plus tardifs, les Bubble Back étaient alors l’objet de toutes les convoitises, et ce, malgré la taille contenue de leur boitier (32mm). C’était l’époque où une réf. 3599 pouvait atteindre les 100.000 USD alors que la très « mythique » Daytona 6263 ne valait neuve en boutique qu’à peine 10.000 francs !
Du point de vue du collectionneur et des historiens, les Bubble Back étaient les stars « vintage » de l’époque. Ces montres avaient joué un rôle fondamental dans l’histoire de la marque en posant les jalons de la suprématie de Rolex dans le segment des montres de sports « luxe » modernes. C’est cet héritage que nous allons essayer de raconter ici. Pour mieux comprendre le présent, retournons, une fois de plus, dans le passé.

La double obsession de Hans Wilsdorf

Tous les entrepreneurs sont des obsessionnels. La double obsession de Hans Wilsdorf était celle de l’étanchéité et de la précision.

Pour l’étanchéité, la couronne était bien entendu le maillon faible d’une montre. Moins celle-ci était sollicitée plus la montre avait de chances de rester étanche. Problème qui s’opposait à un autre : pour rester précise, une montre se devait de rester remontée en permanence. Le génie de Hans Wilsdorf fut de voir que ces deux problèmes ne s’opposaient pas et qu’en résolvant l’un on pouvait venir à bout du deuxième.

Les solutions ne sont pourtant pas arrivées simultanément.

L’étanchéité

Lorsque le 17 mai 1926, Paul Perregaux et Georges Perret publiaient un brevet consistant en une couronne vissée sur la boite de la montre, Hans Wilsdorf vit immédiatement la solution de son problème d’étanchéité. Il racheta aussitôt le brevet en juillet 1926 qu’il déposa sous son nom simultanément en Angleterre, Allemagne et Etats-Unis.

Brevet de la couronne vissée déposé par Hans Wilsdorf

Brevet N°120848 de la couronne vissée déposé par Hans Wilsdorf

La couronne vissée venait compléter le dispositif de Hans Wilsdorf qui, avec le fond vissé et la lunette d’étanchéité, donnait naissance au fameux boitier Oyster. Ce boitier sera rendu célèbre grâce aux exploits de Mercedes Gleitz.

Dès lors que le problème de l’étanchéité était résolu, la montre risquait toujours de prendre l’eau. Soit parce que son propriétaire pouvait oublier de revisser la couronne, soit les joints de celle-ci s’usaient prématurément à cause d’une sollicitation excessive.

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Il faudra attendre 1931 pour que Hans Wilsdorf trouve enfin une solution pour compléter son dispositif. Là encore, il n’avait rien inventé.

Mouvement Perpetuel

Les premiers balbutiements d’un mouvement automatique datent des années 1770 avec Perrelet puis Breguet qui  donnera le nom de « perpétuelle » à sa montre à secousse, dotée d’une masse de forme ovoïde. On peut penser que c’est de ce mot français que Wilsdorf s’inspira pour le nom de sa future montre automatique. Mais nous ne sommes pas encore là.

Montre à secousse

Montre à secousse « Perpetuelle » de Breguet, avec sa masse en laiton ovoïdale. Photo : http://www.horlogerie-suisse.com/

Ce n’est que bien plus tard en 1923, qu’un horloger anglais de l’ile de Man, nommé John Harwood, inventa un véritable calibre à remontage automatique. Celui-ci était animé par une masse demi-circulaire qui pivotait sur un axe central, avec une amplitude maximale de 300°. C’est le principe dit  de « Bumper » : lorsque la masse arrivait à la butée celle-ci était renvoyée par un marteau dans l’autre sens, donnant ainsi, à pleine charge, une autonomie de 12 heures.

Montre automatique Harwood à

Montre automatique Harwood à « Bumper » des années 30. Photo : ebay

Harwood commissionnera Fortis pour fabriquer ses montres sur la base d’un calibre A. Schild 350. Le succès ne fut pas au rendez-vous et Harwood fit faillite en 1931, ce qui rendit son brevet caduque et donc exploitable par ses concurrents.

C’est ainsi que la fabrique de montres suisse Aegler reprit le concept de Harwood et l’améliora en faisant du « Bumper » un véritable « Rotor » qui tournait à 360°. Le surplus d’énergie accumulé par le rotor portait l’autonomie de la montre de 12 à 35 heures.

La Bulle dans le dos

Depuis les années 20, Aegler fabriquait exclusivement les montres de Rolex et de Gruen. Ce n’est qu’en 1930, après des prises de participations croisées que la fabrique de Bienne devint la manufacture exclusive de Rolex. Ces derniers bénéficieront alors de fait, de l’exclusivité du mouvement automatique, re-baptisé pour l’occasion : «Oyster Perpetual ».

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Calibre Rolex 630, sans le rotor

Calibre Rolex 630, rotor démonté. Photo : horologist.com

C’est ainsi que les premières Bubble back firent leur apparition en 1933. Le boitier Oyster dut alors prendre de l’embonpoint sous la forme d’une bulle sur le fond de boite. Cet espace était destiné à accueillir la platine du rotor dont la transmission au pignon fut assurée par un (épais) double rocher de barillet.
Le calibre qui était manuel devint alors automatique et atteignit une épaisseur de 7,4mm !

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Avec le talent de communicant qu’on lui connait, Hans Wilsdorf s’est approprié la paternité du premier mouvement automatique, malgré la contestation de Harwood.


Celui-ci obtint finalement gain de cause et vit son portrait apposé sur les publicités de l’époque avec un mot d’excuse publié dans le Sunday Express du 10 juin 1956. Injustice réparée.


Rolex Bubble Back réf. 3372. Aiguilles bleuies

Rolex Bubble Back réf. 3372. Aiguilles bleuies 😍

Bubbleback n’est pas le nom officiel de l’Oyster Perpetual. C’est un surnom que les collectionneurs lui ont donné. De la même manière, les italiens l’ont appelé « Ovettone » (petit oeuf ou petite olive) tandis que les Hong-Kongais surnommaient cette montre « petit cercueil ».

Les Oyster Perpetual évolueront en taille pour devenir des Super Bubbleback (36mm). Elles furent produites jusqu’en 1945 où la complication date lui sera ajoutée. La Datejust était née et propulsera Rolex dans l’ère des bracelet montres de sport modernes.

Mais nous n’en sommes pas encore là, Hans Wilsdorf devait encore compléter son dispositif Oyster d’un bracelet digne de ce nom … (à suivre).

Pour aller plus loin :

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