Nous voici au troisième volet de notre saga sur les montres à quartz historiques ( relire les parties 1 et 2). Dans les années 70, menacée par les mouvements à quartz japonais, l’industrie horlogère suisse, déstabilisée, est contrainte d’adopter des mesures drastiques sous peine de disparaitre.
A la même époque, les marques suisses les plus prestigieuses doivent en outre faire face à une nouvelle concurrence venue de l’intérieur. Crée en 1972 par Gerald Genta, la Royal Oak, avec ses lignes avant-gardistes, son niveau de finition jamais atteint, était la seule montre de sport tout acier qui se vendait au prix de plusieurs montres en or.
Face à cette double menace, Rolex ripostera en 1977 avec un tout nouveau modèle à quartz portant le nom de :
partie 3/5
Rolex Oysterquartz
La volonté de Rolex de se lancer dans un mouvement électronique ne date pourtant pas de cette époque mais plutôt du début des années 50. En fait, 21 des 50 brevets déposés par la marque depuis 1960 concernaient déjà un mouvement électronique.
C’est en 1970 que Rolex commercialisera sa toute première montre à quartz : la Quartz Date 5100 équipé du Beta 21, un mouvement conçu dans l’urgence pour faire face à la crise et cofinancée par 21 entreprises horlogères suisses concurrentes (voir notre prochain article).
Ce ne sera qu’en 1977 que Rolex achèvera la mise au point de son véritable mouvement à quartz 100% «in house». Ils seront en fait au nombre de deux : le 5035 que l’on retrouvera dans l’Oysterquartz Datejust (Ref. 17000) et le 5055 dans l’Oysterquartz Day-Date (Ref. 19018).
Ces mouvements à 11 rubis sont toujours considérés aujourd’hui comme les plus beaux mouvement à quartz jamais produits. Utilisant les composants électroniques de tout premier ordre, la finition du mouvement égalait, voire dépassait même, selon certains, celle des mouvements mécaniques de la même manufacture.
Pendant 25 ans, jusqu’en 2001, Rolex produira 25 000 exemplaires de l’Oysterquartz en Datejust ( en acier, acier/or jaune et acier /or blanc) et en Day-Date (tout or jaune et tout or blanc). Les derniers modèles furent vendus jusqu’à épuisement du stock en 2003.
Avec un design très typique de cette époque, angles vifs et arrêtes saillantes, L’Oysterquartz était étanche à 100m et avait un verre saphir ainsi qu’un bracelet intégré comme la Royal Oak. A noter que ce fut le tout premier bracelet massif produit par Rolex qui équipait jusqu’alors ses montres de bracelets pliés.
Les principaux arguments commerciaux exploités par la marque était sa très grande précision (normal pour une quartz) ainsi que sa résistance aux pôles magnétiques qui pouvaient mettre en déroute les composants électroniques des autres montres à quartz concurrentes.
L’Oysterquartz est devenue célèbre au poignet des alpinistes Peter Habeler et Reinhold Messner qui ont été les premiers en 1978, à avoir gravi l’Everest, en solitaire et sans oxygène, alors que ce défi était jusque-là considéré comme impossible à relever.
Il existe une idylle de longue date en Rolex et l’Everest. C’est ainsi que l’on retrouve Reinhold Messner qui pose ici dans une pub de la marque, à côté de Edmund Hillary, un autre illustre alpiniste pionnier de l’Everest et de … Rolex (retrouvez son histoire ici).
Pour être complet sur le sujet, Rolex a souvent été critiqué pour avoir copié le design de la Royal Oak avec l’Oysterquartz. C’est en fait mal connaitre l’histoire de la marque à la couronne.
Si on revient quelques années en arrière, on se rend vite compte que tout l’ADN de l’Oysterquartz se trouvait déjà dans les boitiers de la Rolex Viceroy ou encore dans celui de l’Oyster Imperial, toutes deux fabriquées dans les années 30-40.
On pourrait même dire, qu’à l’inverse, il se pourrait bien que ce soit Gerald Genta qui se serait inspiré de Rolex pour créer son chef d’oeuvre.
Traitée d’égal à égal par Rolex parmi ses consoeurs mécaniques, elle est cependant souvent (à tort) boudée par les collectionneurs qui reconnaissent tout de même que l’Oysterquartz reste la reine des montres à quartz de tous les temps.
Pour aller plus loin :
- Le site de référence des Rolex Oysterquartz
- «Horrible est le beau, beau est l’horrible », Audemars Piguet Royal Oak : le génie de Gérald Genta
Sur le même sujet :
5 montres à quartz tout à fait fréquentables:
- Partie 1/5 : L’Omega Seamaster 120m Cal.1337 «Plongeur De Luxe» de Jacques Mayol
- Partie 2/5 : Le chronographe Seiko 7A28
- Partie 3/5 : La Rolex Oysterquartz de Reinrold Messner
- Partie 4/5 : Le Beta 21, premier mouvement suisse à Quartz, ou le baiser de la veuve…