[Culture] Rolex : la montre fétiche des triades de cinéma Hongkongais

450px-HK_Wan_Chai_evening_Johnston_Road_Fung_Leung_Kee_Watch_Co_sign_Rolex_Tudor_watchLa marque Rolex est indissociable de la ville de Genève et de son lac, mais personnellement c’est à Hong Kong que je pense quand on évoque le nom de marque à la couronne. Ce post sera pour moi l’occasion de revenir quelques instants dans la ville de mes origines…

Bercé depuis ma petite enfance aux ‘soaps cantonnais’, puis plus tard aux films noirs des triades hongkongaises, j’ai pu en voir passer à l’écran des roro qui claquent, des sub qui brillent et des Datejust qui pendouillent. Normal : les hongkongais sont fascinés par cette marque. A la manière des rappeurs américains, exhiber sa réussite sociale est un art de vivre dans cette minuscule ville de 7 millions d’habitants.

D’après l’excellent blog hongkongais Watch Fever : Hong Kong (et Kowloon), avec plus de 66 AD (authorised dealers), serait la ville la plus dense au monde en revendeurs Rolex au kilomètre carré. Et on ne parle que des officiels…

La ville entière porte un culte à cette marque. Pour s’en rendre compte, baladez vous dans les rues, les centres commerciaux, les gargottes, et regardez les poignets des autochtones. Du plus vieux aux plus jeunes, du cadre en costumes au boucher en t-shirt marcel, tous portent une Rolex comme nous portons une Swatch en Europe. Et je peux vous garantir qu’elles sont toutes authentiques. Rien n’est plus déshonorant pour un hongkongais que de se faire prendre avec une fausse «lolex». En fait, à Hong Kong, les seules fausses Rolex que vous pouvez trouver sont celles achetées par … les touristes.

Pendant qu’en Occident, les cinquantenaires qui ont réussi leur vie, s’offusquent sur le caractère ostentatoire de cette montre… à Hong Kong, et même si c’est un cliché facile, la Rolex est bel est bien le marqueur de réussite sociale le plus facilement reconnaissable par la majorité des gens.

Réussir, c’est bien mais il faut que ça se voit. Et comme dit ma mère : «l’habit fait le moine». Si tu veux te faire respecter, il faut te faut avoir la panoplie complète.

Alors bien sûr, du cliché au cinéma, il n’y a qu’un pas. C’est ainsi que l’on retrouve ce mythe de la Rolex, systématiquement dans tous les films de gangsters hongkongais. De John Woo à Johnnie To en passant par Derek Yee, la manière de filmer et le style changent mais le thème central reste le même :  le ‘grand frère’ , l’honneur, la loyauté, les vendettas, les gunfights, l’argent facile et la Rolex sont les ingrédients quasi immuables du folklore des films noires hongkongais.

Ce passage de ‘Young and Dangerous 2′ tourné en 1996 par Andrew Lau, résume bien le symbole que représente cette montre au sein de la culture des triades asiatiques.

Fauché, le jeune ‘Chicken’ en cavale à Taiwan, est contraint de vendre sa Rolex en or au pawnshop du coin. Cette montre lui avait était offerte par son ‘grand frère’ Nam pour se protéger des ‘besoins urgents’. (pour les chinois, l’or et la Rolex sont les valeurs les plus sûres pour récupérer facilement du cash en cas de besoin urgent).

La première chose qu’il fait en sortant du pawnshop et de s’acheter immédiatement une fausse Rolex pour remplacer l’autre et continuer à faire illusion sur son standing.

Au détour d’une rue, il tombe sur son ‘cousin’ Blackie. Les deux hommes se jaugent et se congratulent mutuellement sur leur réussite respective en se montrant leur montre puis partent ensemble faire la fête au Karaoke. La fausse Rolex de Chicken lui a sauvé a mise. Sont honneur est sauf et il garde le respect de ses pairs…

Enfin pour se familiariser avec les terminologies du milieu : Savez-vous ce que veut dire en langage des triades les termes «full king» et «half king» ? Dans les années 60 et 70 la pègre locale utilisait ces termes pour faire référence au prix des «contrats» que l’on pouvait leur passer.

L’expression «Full King» faisait référence à la Rolex DayDate en or et «Half King» faisait référence à la Rolex Datejust bi-matière or / acier.

Il s’agissait en fait des noms de code qui correspondaient aux prix qu’il fallait payer pour exécuter un personne (Full King) ou seulement pour l’intimider en lui cassant une jambe ou un bras (half king). Tout un programme…

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Francis Ng dans ‘The Mission’ de Johnnie To (1999)

En ouverture de ce post, la scène mythique de gunfight dans le centre commercial du film «The mission».
Dans les années 90, Johnnie To a révolutionné la manière de filmer les polars jusqu’alors dominée par l’hyper action de John Woo. En utilisant les plans séquences et les scènes de non mouvement, le cinéaste hongkongais, ami de Quentin Tarentino, réintroduit l’humain dans un genre cinématographique indissociable de la culture et de l’identité de la ville de Hong Kong.

Dans cet extrait, la star Francis Ng porte une Rolex Submariner.

 

Pour aller plus loin :

Le prix des principaux modèles de Rolex trouvables à Hong Kong (et ses 420 commentaires)

Le boom des Rolex vintage en Asie

Le cinéma de Johnnie To

Le gangster en tant que héros dans le cinema hongkongais

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